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Bienvenue dans cette édition #229 des Persos de Maud ! On est désormais 24,512 dans cette newsletter. Que tu sois là depuis le début, ou que tu viennes de me découvrir, merci de me lire ❤️.

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Au programme
La tyrannie de la rizière
Mais c’est en train de changer
Le champ de blé
La stratégie des deux champs
1/ La tyrannie de la rizière
On n’a jamais autant questionné mon humanité que depuis que je crée du contenu.
La semaine dernière, alors que j’avouais à une cliente en coaching que je n’avais rien publié sur Linkedin du mois d’août, elle s’est exclamée :
« Oh wow, mais tu es humaine en fait ! »
Le reste du temps, on me dit l’inverse. Que je suis inhumaine, un “robot”, tellement je suis un métronome de régularité.
Je suis une « rizière ».
En agriculture, une rizière demande une attention constante. Il faut surveiller le niveau d’eau, repiquer, désherber, corriger, entretenir les diguettes, et récolter en continu.
En personal branding, c’est la stratégie qu’on enseigne depuis 15 ans. Publier. Régulièrement. Toujours. Un post par jour, une newsletter par semaine, ne jamais rater deux fois.
La croissance ne vient pas d’un contenu exceptionnel. Elle vient de centaines de gestes modestes, répétés assez longtemps pour que le marché finisse par vous associer à une idée.
Et il faut reconnaître qu’elle marche :
Du côté des youtubeurs, les plus connus sont les plus réguliers : Squeezie, MrBeast, Amixem…
Du côté des entrepreneurs, on observe la même chose : Alex Hormozi, Justin Welsh, Kelly Massol, Anthony Bourbon…
Et du côté des podcasts, les plus écoutés sont les plus assidus : Génération Do It Yourself sort un épisode par semaine depuis 2017.
On le sait, les algorithmes récompensent ceux qui les nourrissent, et chaque publication est un ticket de plus à la loterie.
Mais je pense que ce n’est pas la seule raison.
À mon avis, si la stratégie de la rizière marchait particulièrement bien, c’est parce que très peu de personne y arrivaient. Pour publier toutes les semaines pendant 5 ans sans jamais lâcher, ce n’est pas qu’une question de compétence.
C’est une question de personnalité.
Et très peu de personnes sont capables de tenir ce rythme sur le long terme. La discipline faisait office de filtre.
2/ Mais c’est en train de changer
Mais avec l’IA, ce filtre est en train de sauter.
Aujourd’hui, la barrière à l’entrée pour créer du contenu de manière régulière est beaucoup plus faible, et n’importe qui peut tenir une rizière.
Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour s’en rendre compte : le nombre de contenus publiés sur Internet et les réseaux sociaux a explosé depuis l’arrivée de ChatGPT et Claude sur le marché.
Or, comme l’avait écrit l’économiste Herbert Simon en 1971 : « une abondance d’information crée une pénurie d’attention ».
Les publicitaires, eux, appellent ça l’effet d’usure. À force de revoir la même campagne, on finit par ne plus la voir du tout. C’est la même chose qu’avec la tour Eiffel. On ne la remarque plus tellement on la voit.
Il y a des comptes que je vois passer tous les jours depuis des années, en story, dans mon feed, et dont je serais incapable de vous donner le nom.
Et à côté de ça, il y a des gens comme Julia Cameron, dont je n’ai lu qu’un seul livre il y a quatre ans, et dont le nom est gravé dans ma tête alors que je ne la suis nul part.
Parce qu’être visible et être retenu, ce n’est pas la même chose.
3/ Le champ de blé
Prenons Léna Mahfouf.
Chaque mois d’août depuis 10 ans, elle publie une vidéo par jour. 31 vlogs, du 1er au 31. Et le reste de l’année, on ne la voit quasiment pas sur YouTube.
Pourtant, chaque été, les gens reviennent.
Parce qu’on n’oublie pas quelqu’un qui nous a marqué. Julia Cameron n’a pas eu besoin de me relancer pendant 4 ans pour que son nom reste dans ma tête.
C’est la stratégie « champ de blé ».
On ne récolte pas tous les matins. On prépare la terre, on sème, on attend, puis on concentre son énergie sur une récolte forte.
En création de contenu, cela veut dire produire moins souvent, mais produire des œuvres qui comptent davantage : une série que les gens attendent, un livre qu’ils recommandent, une idée qu’ils vous attribuent spontanément.
Le but n’est pas d’être visible chaque jour.
Le but est de créer quelque chose d’assez marquant pour rester présent dans l’esprit des gens suffisamment longtemps.
Cette stratégie a trois vrais avantages :
L’attention. On ne consomme pas de la même façon ce dont on sait que cela ne reviendra pas tout de suite. La rareté crée l’attente. Le Youtubeur Feldup publie deux fois par an, sans agenda ; mais à chaque sortie, ses vidéos deviennent un événement.
La qualité. Passer six mois sur un contenu, ce n’est pas la même chose que passer six mois à en publier trente. On peut aller plus loin, prendre le temps d’enquêter, d’écrire, de monter. Mathieu Dardaillon travaille comme ça par exemple, et ses articles sur Substack font systématiquement des cartons.
La liberté. Un format qui a une fin vous autorise à changer de sujet, à disparaître le temps de fabriquer quelque chose, à vous réinventer. C’est ce qui permet à Léna d’arrêter ses vlogs à Bercy, après 10 ans, alors que chaque vidéo fait +1M de vues sur Youtube.
4/ La stratégie des deux champs
La meilleure stratégie, c’est celle qui colle à votre personnalité.
Moi, j’ai eu de la chance. Je suis une personne extrêmement routinière et disciplinée, alors la rizière me va très bien. En tout cas, ça fonctionne depuis 229 semaines.
Mais je croise beaucoup de champs de blé qui s’épuisent à tenir une rizière. Des gens dont les meilleures idées demandent six mois de travail, et à qui on a expliqué qu’il fallait publier trois fois par semaine.
Cela dit, très peu de gens sont entièrement l’un ou l’autre. La plupart d’entre nous sommes quelque part entre les deux.
Et je crois que c’est aujourd’hui la meilleure stratégie à adopter. Garder une rizière, mais plus légère, plus tenable. Et investir à côté dans un champ de blé : un concept, une saison, quelque chose qui ressemble à une émission.
Concrètement, si je me lançais aujourd’hui, voici ce que je ferais :
Je garderais une cadence, mais sur un seul réseau. Assez pour rester présente, pas assez pour y passer mes semaines.
Je lancerais un concept à côté, et je lui donnerais un nom. Pas « ma série de vidéos ». Un vrai nom, que les gens peuvent citer.
Je lui donnerais une fin, même temporaire. 10 épisodes de podcast, annoncés comme 10. Ça reviendra peut-être 6 mois plus tard, mais en attendant tout le monde sait où on va.
J’observe déjà cette logique chez beaucoup de créateurs brillants. Squeezie sort des vidéos toute l’année et un GP Explorer par an. Barthélémy Fendt publie en continu sur Linkedin, et une fois par an il sort sa série sur son défi de 100 km en trail. Léna postait régulièrement sur Instagram et produisait ses vlogs d’août à côté.
Un champ qui entretient la relation. Un champ qui crée l’événement.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ❤️.
Maud
PS : et si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à les poser en commentaires !


