La qualité d'un contenu n'est pas fonction de la difficulté à l'écrire
#221 Ou l'inutilité de l'extra-mile.
Hello,
Bienvenue dans cette édition #221 des Persos de Maud ! On est désormais 24,394 dans cette newsletter. Que tu sois là depuis le début, ou que tu viennes de me découvrir, merci de me lire ❤️.

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Mon meilleur contenu n’est pas mon préféré
C’est le jeu, ma pauvre Lucette
L’illusion de contrôle
Le vrai travail
Se protéger du perfectionnisme
1/ Mon meilleur contenu n’est pas mon préféré
Depuis quelques mois maintenant, tous les lundis, j’ai un rendez-vous à 14h avec mon assistant éditorial, Mathéo.
Habituellement, je viens avec quelques idées de newsletter plus ou moins travaillées, et on creuse le sujet en session. Mais il y a trois semaines, j’ai débarqué dans le Google Meet avec la motivation à zéro.
Envie de rien, flemme de tout.
— Écoute, j’ai pas d’idée hyper précise aujourd’hui, et très peu d’énergie, je lui ai dit. Je pensais partir sur quelque chose de simple. Sujet écriture.
Mathéo a l’habitude.
C’est d’ailleurs exactement pour ce genre de situation que j’ai commencé à travailler avec lui : pour me tirer vers le haut quand je touche le fond.
— OK, il me répond. Eh bien justement, j’avais pensé à un truc pour toi. Je me disais qu’en ce moment, avec l’écriture de ton roman, tu devais binge-watcher beaucoup de contenus sur l’écriture, non ? Peut-être que tu peux en faire un récap. C’est le genre de contenu qui marche bien sur Substack en plus.
Il avait raison.
Non seulement cette newsletter a été d’une simplicité sans nom à écrire pour moi, car il m’a suffi de résumer des concepts que je connais maintenant par cœur. J’ai dû mettre 3h à l’écrire, sans aucune douleur.
Mais en plus, c’est ma newsletter qui a le mieux marché.
Aujourd’hui, elle affiche 383 likes, 18 000 vues, et elle m’a déjà amené plus de 80 abonnés. À titre de comparaison, mes newsletters font habituellement entre 50 et 100 likes.
Pour moi qui ai publié plus de 200 newsletters depuis 4 ans, qui ai passé 6h en moyenne sur chacune d’entre elles, à décortiquer des concepts parfois complexes, à creuser et creuser le sujet jusque dans ses profondeurs, je vous avoue que c’est un peu frustrant.
Frustrant de constater que ce n’est pas le contenu le plus abouti, ni celui dont je suis la plus fière, qui attire le plus l’attention.
2/ C’est le jeu, ma pauvre Lucette
Je crée du contenu depuis plus de cinq ans maintenant. Et s’il y a bien une chose que le temps et l’expérience rendent évidente, c’est qu’il y a une part non négociable d’imprévisibilité dans les résultats.
J’ai passé des heures sur des posts LinkedIn qui ont fini dans les abysses. J’ai aussi passé des heures sur des posts qui sont partis viraux. Et j’ai passé 15 minutes sur des posts qui sont restés dans ma moyenne, comme j’ai passé 15 minutes sur des posts qui font partie de mon top 10.
Il n’y a pas de règle.
Dans une interview, David Foenkinos explique qu’il n’a pas compris ce qui s’est passé pour La Délicatesse : plus d’un million d’exemplaires vendus, traduit dans une quarantaine de langues. Il y avait pourtant mis autant d’efforts que pour ses romans précédents. Mais ces derniers n’avaient pas rencontré le même succès.
Elizabeth Gilbert raconte la même chose dans son livre Big Magic :
« Je n’ai jamais eu l’intention d’écrire un best-seller, croyez-moi. Je ne saurais pas comment écrire un best-seller, même si j’essayais. La preuve : j’ai publié six livres, tous écrits avec autant de passion et d’efforts, et cinq d’entre eux n’ont clairement pas été des best-sellers. »
Alors, oui, je sais. Vous me direz que ce n’est pas pareil : David et Elizabeth ont écrit des romans, alors que vous et moi, on écrit des posts sur les réseaux sociaux.
Et c’est vrai.
Mais ce qui est aussi vrai, c’est que dans les deux cas, nous avons des lecteurs. Et c’est ça, la part d’imprévisibilité : on ne peut pas savoir à l’avance ce que des milliers, voire des centaines de milliers de personnes vont penser de ce que vous avez publié.
Est-ce que ça va résonner ?
3/ L’illusion de contrôle
Si vous voulez mon avis, je pense qu’on adore l’idée que travailler beaucoup sur un contenu le rende forcément meilleur, parce que c’est la seule chose qu’on peut contrôler.
C’est particulièrement vrai si, comme moi, vous êtes perfectionniste.
À l’école, vous avez appris que pour réussir, il fallait bien faire ses devoirs et travailler beaucoup. Peut-être même que vos parents vous ont dit que “pour réussir dans la vie, il faut travailler dur”, parce que ”on n’a rien sans rien”.
Je me suis accrochée à cette idée pendant des années.
Sauf que c’est faux.
Tous les jours, je vois des gens passer des heures et des heures sur des contenus qui sont lus par deux personnes.
Et à l’inverse, j’en vois d’autres qui trichent, qui ne font pas le travail, en achetant des vues, en rejoignant des pods, en republiant dix fois la même chose, en traduisant juste un contenu américain. Et qui obtiennent les mêmes, voir de meilleurs résultats.
La vie est injuste et incontrôlable.
4/ Le vrai travail
L’autre raison pour laquelle on adore se cacher derrière les heures de travail, c’est pour éviter le vrai travail.
« Mais je ne comprends pas ! Mon contenu n’a pas marché alors que j’y ai passé des heures ! ».
Oui, et ? Depuis quand passer des heures sur un contenu est un passe-droit pour que le monde entier y accorde de l’attention ?
Le monde ne vous doit rien.
Et que vous y passiez une heure ou sept heures ne change rien.
Si votre contenu n’a pas marché, c’est qu’il n’a pas résonné. C’est tout. Il n’a pas trouvé son public.
Ça ne veut pas dire que vous êtes le problème. Ça ne veut pas dire non plus que vous n’êtes pas intéressant. Et ça ne veut surtout pas dire que vous n’êtes pas aimable.
Ça peut seulement dire qu’à ce moment-là, le contenu que vous avez écrit n’a pas résonné.
C’est l’univers qui vous donne du feedback.
Maintenant, vous avez le choix.
Vous pouvez continuer à vous cacher derrière les heures de travail, et refaire exactement la même chose. Ou alors, vous pouvez décortiquer votre contenu et le penser différemment. Le publier à un autre moment. Demander l’avis de quelques lecteurs. Regarder là où ça prend, là où ça ne prend pas.
C’est ça, le vrai travail.
5/ Se protéger du perfectionnisme
Malgré tout, certains contenus fonctionneront mieux que d’autres, sans que vous puissiez le prévoir.
Alors si vous ne deviez retenir qu’un seul conseil de tout ce discours, ce serait celui-ci : Ne passez pas plus de temps que nécessaire sur vos contenus.
Ne vous méprenez pas : je ne suis pas en train de vous dire de bâcler votre travail. Je le répète assez souvent ici, il n’y a pas de secret, il y a le travail.
Mais il y a travail et travail.
Le problème, c’est quand on passe son temps à reproduire systématiquement la même chose en espérant des résultats différents, sous couvert de l’excuse « j’y ai passé du temps ». Non, ça ne suffit pas. Il faut passer du temps intelligent, et chercher à capter où est la vraie valeur.
Personnellement, plus le temps passe, plus j’apprends à lâcher prise et à passer moins de temps sur mes contenus. Aujourd’hui, je passe plutôt 3 à 5 heures sur une édition, là où j’en passais facilement 6 à 8 à mes débuts. Et je ne pense pas avoir perdu en qualité. J’ai juste enlevé tout ce qui n’était pas nécessaire dans le process.
J’ai appris à m’arrêter quand la newsletter est 80 % bien, plutôt que de chercher le 100 % parfait. Ce qui me permet de consacrer ce temps à d’autres choses qui, elles, produisent de la valeur.
Faites le test. Si aujourd’hui vous mettez 6h à rédiger une newsletter, mettez un timer pour la rédiger en 4h. Et publiez le résultat.
Regardez jusqu’où vous pouvez “descendre” sans que cela impacte vos résultats.
Je suis sûre que vous allez vous rendre compte que vous perdiez trop de temps à faire l’extra mile. Du temps qui pourrait être utilisé pour le vrai travail.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ❤️.
Maud
PS : et si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à les poser en commentaires !
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