Ma relation toxique avec Claude
#226 Ou ce que je pense de l'IA en tant qu'écrivaine, créatrice de contenu, et coach en écriture.
Hello,
Bienvenue dans cette édition #226 des Persos de Maud ! On est désormais 24,527 dans cette newsletter. Que tu sois là depuis le début, ou que tu viennes de me découvrir, merci de me lire ❤️.

Au programme
Scepticisme
Tentation
Dualité
Scepticisme
Je n’ai pas de souvenir précis du jour où j’ai découvert l’existence de Chat GPT.
En revanche, j’ai un souvenir assez précis de la première discussion enflammée que j’ai eu à ce sujet. Cela devait être un ou deux ans après la sortie officielle de Chat GPT. Avec mes parents, ma sœur et son mec, nous étions assis autour d’une table ronde, les flammeküches gratinées, ail & ciboulette, champignons, et classique défilant dans nos assiettes à tour de rôle.
Le mec de ma sœur est ingénieur de formation. Un mec calme, intelligent, passionné par la technologie, et qui, naturellement, a vu l’arrivée de l’IA d’un très bon œil.
Je ne sais plus s’il a dit que mon métier allait disparaître, mais dans ma tête, c’était tout comme. “L’IA peut déjà écrire de très bons textes” il disait.
“Non. Il écrit des choses passables, mais rien qui ne permette de faire la différence”, j’ai tenté de défendre.
“Pour l’instant”, il m’a rétorqué.
À ce stade, il faut peut-être que je vous rappelle ce que je fais de mes journées. Mon métier, c’est d’écrire du contenu sur les réseaux sociaux qui soit suffisamment intéressant et unique pour rassembler une large audience de lecteurs, dont parmi eux se trouvent des clients, et leur apprendre à faire la même chose.
Mon métier, c’est d’écrire.
Et écrire, c’est trouver des idées, trouver ce qui touche les gens, ce qu’ils meurent d’envie de savoir et hante leurs nuits, structurer sa pensée, chercher des faits, des anecdotes pour soutenir ses arguments, rassembler des petits moments et détails du quotidien, et finalement, mettre tout ça en forme de phrases, si possible de manière fluide et agréable pour que le lecteur lise vos 1200 mots jusqu’au bout.
Mon métier, c’est de faire la différence.
Et j’avais vraiment du mal à croire qu’un outil qui ne se nourrissait que de contenus qui existent déjà puisse être vraiment créatif.
Peut-être aussi qu’une part de moi, il faut l’admettre, probablement par fierté, voulait absolument qu’il n’y arrive pas. Je voulais que cette compétence rare que j’avais développée en quelques années et sur laquelle je vivais confortablement, le reste, tout simplement.
Avec le recul, je pense que tout ceci me faisait peur.
Admettons que l’IA arrive à écrire des contenus aussi bien que moi, alors, que me resterait-il ?
Tentation
Sauf que voilà, si vous écrivez, vous le savez : poser son cul sur une chaise, rester concentré pendant des heures à taper des mots sur un clavier, c’est difficile.
Qui ne serait pas tenté d’utiliser un outil qui peut faire en 30min ce que l’on met normalement 6h à faire ? Qui n’est pas séduit par la promesse de gagner du temps ? De s’épargner moult souffrance, moult doute, et moult fautes d’orthographe disgracieuses ?
Alors, j’ai essayé.
Je n’en suis pas fière, mais, oui, j’ai tenté de demander à Chat GPT, puis Claude, de pondre une newsletter en lui donnant juste l’idée et la structure. J’ai tenté de brainstormer des idées de contenus avec lui. J’ai tenté de lui donner mes brouillons et de lui faire corriger. J’ai tenté de lui donner mes 200 newsletters et 300 posts LinkedIn pour qu’il puisse mieux recopier mon style, et puis une sélection de 10 seulement parce qu’apparemment c’est ce qu’il faut faire maintenant.
J’ai suivi des formations.
Je me suis tenue à jour.
Au début, aucune de mes tentatives ne donnait quelque chose. J’avais beau essayer le meilleur des prompts, je perdais plus de temps qu’autre chose.
Mais le plus paradoxal dans cette relation, c’est que je continuais à espérer — ou à craindre, je ne sais pas — que ça fonctionne.
Qu’un jour, Claude pourrait me sauver du désarroi de l’écriture, tout en m’épargnant le sentiment d’imposture.
En novembre 2025, je publiais une newsletter dans laquelle j’expliquais que l’IA bousillait notre confiance d’écrivain. À force de vouloir déléguer l’écriture à une machine, on finit par ne plus savoir quel est son propre style, et pire encore : on finit par croire qu’on ne sait pas écrire sans elle.
Je l’ai vu chez moi, et je l’ai vu chez mes clients. Ces 4 dernières années, j’ai progressivement vu mes clients écrire avec l’IA.
J’ai relu tellement de contenus rédigés entièrement ou en partie, avec l’IA, que j’ai fini par développer un talent pour déceler les phrases ou morceaux de phrases qui venaient de l’IA.
Et puis, j’ai commencé à voir de moins en moins la différence.
Dualité
À ce stade de cette newsletter, je me dois de clarifier quelque chose : non, je n’ai jamais copié-collé un contenu rédigé par une IA, et publié tel quel. En revanche, oui, parfois j’ai trouvé des idées, des tournures de phrases qui me plaisaient, voir des passages que je n’aurai pas rédigés différemment.
C’est bouleversant mais, oui, le mec de ma sœur n’avait pas tort.
La rumeur circule que 40% des contenus sur LinkedIn aujourd’hui seraient entièrement rédigés par IA. Moi je pense que si on prend en compte ceux qui sont “assistés par IA”, on avoisine les 70%.
Et le pire, c’est que les gens ne voient même plus la différence.
Je vois des posts objectivement rédigés avec l’IA qui cartonnent. Je vois des créateurs connus rédiger leurs légendes Instagram avec l’IA. Et de plus en plus, je ne sais plus. Je ne sais plus ce qui a été écrit avec la sueur et ce qui a été écrit avec un prompt.
Aujourd’hui, j’observe trois camps :
Ceux qui refusent d’utiliser l’IA pour écrire
Ceux qui n’écrivent plus qu’avec l’IA
Et ceux qui bidouillent au milieu
Je fais partie du milieu.
Plus le temps passe et la technologie augmente, et plus l’utilisation de l’IA pour écrire est juste une question de choix. Car oui, aujourd’hui, ça me tue de le dire, je pense qu’on peut écrire un contenu avec IA sans que ça se voit.
Mais la bonne nouvelle dans cette situation, c’est que cela nous permet de nous poser de bonnes questions : à quoi sert vraiment l’écriture ? Qu’est-ce qu’un texte bien écrit ?
Écrire, c’est réfléchir.
Alors, pour cette raison, je n’encouragerai jamais personne d’écrire entièrement avec l’IA, car c’est arrêter de penser par soi-même. C’est arrêter d’observer le monde et se forger son propre avis.
Écrire, c’est s’exprimer.
Et je ne crois pas qu’on puisse exprimer son individualité tant qu’on laisse une machine trouver les mots à notre place.
Écrire, c’est un moyen.
Un moyen de communication qui a beaucoup évolué au fil des années. Quand la machine à écrire est arrivée, les sceptiques disaient que ce n’était pas de l’écriture. Quand les ordinateurs sont arrivés, les sceptiques disaient que c’était de la triche.
Je n’ai pas envie de faire partie du camp des sceptiques qui ne s’adaptent pas à leur temps.
Mais je n’ai pas envie non plus de perdre l’essence de l’écriture ni de mon humanité.
Aujourd’hui, notamment depuis l’arrivée de Claude Cowork, je pense être arrivée à un bon équilibre. J’utilise l’IA comme un assistant d’écriture, c’est-à-dire que je lui donne tout le travaille que je donnerais à un stagiaire si j’en avais un :
J’ai créé un agent qui analyse et stocke des accroches performantes, pour m’aider à brainstormer des idées.
J’en ai créé un autre qui lit les livres que j’ai lu, créé des fiches de lectures, dans lesquelles je peux puiser des anecdotes ou citations quand j’ai besoin de matière.
J’en ai encore un autre qui lit les transcripts de réunions avec Mathéo dans lesquels on brainstorm sur les sujets de newsletter et plans, qui me pose ensuite des questions pour que je lui donne toute la matière de ce que j’ai en tête et met ça au propre en plan très détaillé, duquel je pars pour écrire.
J’en ai un autre qui lit les newsletters auxquelles je suis abonnée et me fait un récap des sujets qui peuvent m’intéresser.
Un autre encore qui lit ma newsletter de la semaine et en extrait des morceaux à publier en Note.
Mais je ne lui demande plus son avis. J’essaie le plus possible de résister à la tentation de me rédiger un premier jet pour garder l’œil frais.
Et puis parfois, comme pour cette newsletter-ci, je ne lui demande rien. J’ouvre juste un carnet, ou ordinateur, ou même téléphone portable, et j’écris.
Et je pense que ça fait encore la différence.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ❤️.
Maud
PS : et vous ? Quel est votre rapport à l’IA si vous écrivez ? Dites-le moi en commentaire, ça m'intéresse !
Pour aller plus loin, tu peux aussi :
Lire ma 2ème newsletter “Journal d’une écrivaine”.
Découvrir mes services de coaching personal branding.
Rejoindre le Programme Linkedin pour Indépendants.



Honnêtement, je pense que nous dépassons largement les 70% de posts sur LinkedIn. Comme le montre le récent scandale avec Hank Green aux US, la transparence sur l’utilisation de la l'AI par les créateurs devient cruciale. Merci pour ce post. 😊
Perso, je reste sceptique sur l utilisation de l IA sur le long terme, du fait de son impact sur le système écologique. On finira bien, un jour, mettre dans la balance le positif et le négatif, et l utiliser pour faire ce que l être humain sait déjà très bien faire, à savoir écrire, le prix à payer n est-il pas trop élevé ? Peut-être qu un jour son utilisation ne sera limitée qu à des activités que l humain ne peut faire seul, tant les conséquences sur l équilibre naturel et biologique de la Terre sont désastreuses ?